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La filmographie d’Artavazd Pelechian
comporte une douzaine de films, pour la plupart réalisés
en 35 mm, entre 1963, période de formation
au VGIK, et 1993. Il est rare que Pelechian accepte
de projeter les films antérieurs à Nous,
dans les rétrospectives où il est invité,
les considérant probablement comme des travaux
d’école ne satisfaisant pas à
l’évolution de ses parti pris esthétiques.
Les
films de Artavazd Pelechian
1964 : Patrouille de
montagne (Gornyj patrul)
Ce film, réalisé au VGIK,
présente " des gens plein d'abnégation,
qui dégagent quotidiennement la voie pour le
passage des trains dans les gorges des montagnes arméniennes
[.]. Le film commence et se termine par des plans
identiques, montrant des travailleurs-alpinistes marchant
à la lumière de lanternes, sur fond
de ciel sombre " (Artavazd Pelechian,
Mon cinéma, Erevan : 1988).
1965 : Le Cheval blanc
(Belyj kon), film en 35 mm, Noir et blanc,
co-réalisé avec R. Tsourtsoumi.
1966 : La Terre des
hommes (Zemlja ljudej)
"C'est le thème de la
découverte permanente de la beauté du
monde, que l'homme réalise dans sa vie et dans
son travail, qui est développé dans
le cadre d'une grande ville, présentée
au cours d'une journée de labeur. Ce film démarre
et se termine sur l'image de la sculpture de Rodin :
le Penseur, qui tourne sur elle-même. Cette
sculpture célèbre est devenue depuis
longtemps le symbole de l'expression inaltérable
de la pensée humaine. " (Artavazd
Pelechian, Mon cinéma¸Erevan : 1988).
1967 : Au Début
(Nacalo ou Skisb), film en 35 mm, Noir et blanc ;
10 mn - Photo : Elisbar Karavaev - Musique :
Sviridov - Consultants : S. Yossifian, P. Aliochkin.
- Production : Films Docum., Studio Erevan, VGIK.
Le film est dédié au 50ème
anniversaire de la Révolution d'Octobre (1917). Pelechian
expérimente avec ce film ce qu'il ne cessera
de développer dans les films ultérieurs,
à savoir un montage d'images préexistantes,
alternant passé, présent et futur, dont
la trame forme une représentation symbolique
qui dépasse la seule histoire de la Russie.
On y voit des mouvements de révolte populaire,
des défilés, des figures emblématiques,
cotoyer des images d'explosions, de cadavres ou de
machines en mouvement, avec ce flux rythmique si particulier
à l'esthétique du cinéaste.
" Le premier élément
conducteur du montage consiste en une série
de plans : les mains de Lénine en mouvement,
l'apparition du titre "Au début" et des gens
en train de courir à l'époque de la
révolution d'Octobre. Le second élément
conducteur - c'est le dernier épisode durant
lequel le titre "Au début" apparaît de
nouveau et l'on voit une multitude de gens en train
de courir, mais cette fois le plan est tiré
de la chronique contemporaine de la lutte sociale
dans les différents pays du monde (...). De
ces deux 'éléments' principaux, il résulte
que tous les thèmes, même éloignés
les uns des autres, se trouvent dans diverses positions
d'interdépendance compositionnelle, et dans
un même temps ils forment un tout fini. "
1968 : Votre acte d'héroïsme
est éternel (Ich podvig bessmerten).
1968 : Le Rêve
(Metschta).
1969 : Nous (Menk), film
en 35 mm, Noir et blanc ; 30 mn - Image :
Laert Porossian, Elisbar Karavaev, Karen Messian -
Son : F. Amirkhanian. - Musique : F. Amirkhanian,
Bellini (La Norma) - Rédacteur :
Ch. Tatikian - Assistants : L. Davitian, R. Ovanessian,
A. Ovsepian - Montage : L. Volkova. - Production :
Studio Erevan. - Grand Prix au Festival d'Oberhausen,
en 1970.
Un montage alternant images préexistantes
et fabriquées, qui composent une lyrique inquiète,
d'un humanisme vibrant, ou les regards succèdent
aux visages, où le peuple arménien semble
résister à toutes les blessures, à
toutes les épreuves dont le quotidien rappelle
symboliquement la teneur : dramatique avec un
enterrement, comique et tragique à la fois,
lorsque le conducteur d'un triporteur disparaît
dans les gaz d'échappement du véhicule
qui le précède, bouleversante lors de
la séquence des retrouvailles, où hommes
et femmes s'embrassent, s'enlacent, jusqu'au vertige.
Sous le regard d'un visage d'enfant, visage primitif,
visage douloureux dont la répétition
souligne une volonté farouche de partage, de
reconnaissance, et de paix universelle.
" Comment oublier. ce peuple
arménien en larmes dans les images d'archives
des rapatriements successifs (de 1946 à 1950) :
retour au pays, étreintes, retrouvailles, corps
déportés par l'émotion et le
montage qui, au sein de ces images, vrille comme un
tourbillon, un vertige, une défaillance ? "
(Serge Daney, Libération, 11 août 1983).
1970 : Les Habitants
(Obibateli), film en 35 mm, Noir et blanc, 10 mn -
Image : Evgueni Anissimov - Montage : L.
Volkova - Son : V. Kharlamenko - Musique :
V. Ouslimenkov - Production : Bieloruss Film.
Le film semble s'organise autour
d'une grande menace aux allures de la rumeur ;
une représentation du chaos au travers des
fugues apocalyptiques de troupeaux d'animaux, terrorisés,
dont les regards caméra semblent quelquefois
des appels désespérés, mais dont
l'inertie dans la fuite trouve le contrepoint avec
l'envol apaisé de nuées d'oiseaux échappant
à la terre et aux hommes, qui la colonisent
au bruit des fusils.
" Le film est construit
sur l'idée d'une relation pleine d'humanité
avec la nature et le monde animal. Il est question
bien sûr des agressions perpétrées
par l'homme contre la nature, et de la menace que
constitue la destruction de l'harmonie naturelle ".
1972 : Les Saisons (Tarva
Yeghanaknere ou Vremena goda), film en 35 mm, Noir
et blanc, 30 mn - Photo : M. Vartanov, B. Hovsepian,
G. Tchavouchian - Montage : Aida Galstian - Musique :
Vivaldi, V. Kharlamenko - Production : Studio
Erevan.
Peut-être l'un des plus beau
film du cinéaste, c'est en tout cas celui qui
lui assure aujourd'hui une reconnaissance internationale.
Les Saisons, est un très beau poème
où sont évoqués, en une vaste
parabole, les moments déterminants de l'histoire
arménienne, depuis les origines volcaniques,
jusqu'à la période industrielle. Mais
au-delà de cette symbolique où l'on
peut lire aussi l'histoire des migrations du peuple
arménien, demeurent des séquences étonnantes
et inoubliables : l'inertie lente et aventureuse
d'une transhumance, des corps en apesanteur, comme
passant, infiniment, par-dessus les terres, ou par-dessus
les flots, méprisant tous les ancrages, une
vision ludique, apaisée, de la moisson et de
la fenaison, et ce rythme, surtout, ce rythme qui
nourrit l'émotion, sans discours et sans commentaire,
et qui fait de toute épreuve le témoignage
d'un humanisme salutaire et sublime.
1982 : Notre Siècle
(Nach Vek), film en 35 mm, Noir et blanc, 50 mn (en
1990 est sorti une version réduite à
30 minutes) - Image : O. Savin, L. Porossian,
R. Voronov, A. Choumilov - Son : O. Polissonov
- Montage : Aida Galstian - Rédacteur :
A. Aroustamian - Production : Studio Erevan.
Toujours des processions, à
la gloire de " notre siècle ",
toujours cette impression d'une menace qui ne se dit
pas, d'une rumeur qui se manifeste, mais ne s'incarne
pas ; notre siècle, on ne l'oubliera pas,
c'est le siècle des conquêtes et des
génocides, le siècle de toutes les vanités aussi :
les hommes vont y faire l'épreuve de toutes
leurs prétentions. Ils lutteront contre les
déterminismes de la nature, fabriqueront leur
légende à coup de travestissements,
de protocoles intimidants, d'audaces et d'entêtements,
pour ne laisser en guise de témoignage que
quelques images qui redisent, inlassablement, l'absurdité
de cette vocation instinctive et totalitaire à
la colonisation et à l'occupation des mondes.
" Longue méditation
sur la conquête de l'espace, les mises à
feu qui ne vont nulle part, le rêve d'Icare
encapsulé par les Russes et les Américains,
le visage défait par l'apesanteur des cosmonautes
accélérés, la catastrophe qui
n'en finit pas de venir. " (Serge Daney,
Libération, 11 août 1983).
1984 : Dieu en Russie
(Bog v Rossii), film de commande pour la télévision
allemande.
1990 : Version courte
de Notre Siècle, 30 mn.
1987 : Homo Sapiens
- Projet annoncé par Pelechian et non réalisé
: " Il y aura un air de famille [avec mes
autres films], il n'y aura pas non plus de paroles,
mais il ne ressemblera pas aux autres. Je peux dire
une chose : pour sa réalisation, il nécessite
des moyens autres que ceux disponibles en ex-Union
Soviétique, coproduction et effets spéciaux. "
(Artavazd Pelechian, "Entretien avec François
Niney ", in Cahiers du Cinéma, n°454,
1991, p. 37).
1992 : Fin (Konec ou Vertch),
film en 35 mm, Noir et blanc, 8 min. - Images :
Grigorian - Son : O. Poulissonov - Musique :
J.S. Bach - Production : Studio Haïk.
Dans le train de Moscou à
Erevan, Pelechian filme, caméra à l'épaule,
des hommes et des femmes, d'ages et d'ethnies différentes.
Tous pris dans le défilement du voyage, un
voyage sans horizon, dans ce lieu communautaire, ensemble
malgré eux, ou toute figure se dilue dans sa
contemplation et tourne à l'abstraction. Jusqu'à
ce qu'un tunnel assène une " fin "
au film, fin provisoire puisque le film suivant Vie
(Kiank) semble prolonger le questionnement. Pelechian
les proposent ainsi comme un dyptique
1993 : Vie (Kiank ou
Zizn'), film en 35 mm, Couleur, 6 mn 30 - Image :
Grigorian - Son : O. Poulissonov - Musique :
Verdi - Production : Prod. Armenfilm & M/P
Aitta.
" Le profil d'une femme,
tendu, défiguré - comme dans la jouissance
- ainsi qu'en amorce, des gestes ancestraux. Le port
de l'enfant qui vient de naître, magnifié
par un ralenti, une contreplongée et l'abstraction
de l'espace qui l'entoure, évoque une iconographie
religieuse tout comme le portrait de la mère
et l'enfant. " (Jacques Kermabon).
En projet : L'Endroit
, Couleurs.
Encore un travail sur les saisons
et sur les éléments : vent, neige,
pluie, foudre et poussière, tournage en Arménie,
en extérieur, avec 2 caméras et à
2 vitesses (normale et accélérée).
La venue de Pelechian à Toulouse,
en janvier 2005 permettra de préciser les projets
en cours et à venir.
Autres
travaux
1971 : scénario du film Pastorale
d'automne (Osennjaja pastoral) réalisé
par M. Vartanov.
1973 : collaboration avec Lev Koulidjanov pour la
mise en scène de Minute étoilée
(Zvezdnaja minuta).
1978 : Pelechian réalise les séquences
documentaires du film de A. Mikhalkov-Kontchalovski,
Sibériade (Sibiriada) URSS, 3h30)
Les droits exclusifs de tous les films sur tout
support pour le monde entier appartiennent à
leur auteur. Pour toute exploitation, contactez (en
russe) directement l'auteur via administration@cadrage.net
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