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Texte de présentation
et extraits du livre: Mon Cinéma
Par Pierre Arbus, Professeur agrégé
ESAV, UTM France
Le cinéma d'Artavazd Pelechian
reste encore aujourd'hui assez peu connu en Occident.
Le réalisateur, d'origine arménienne,
formé au VGIK entre 1963 et 1968, vit et travaille
à Moscou, qu'il quitte quelquefois à
l'invite de tel ou tel pays désireux d'organiser
une rétrospective de son ouvre. C'est ainsi
que l'on projette généralement en même
temps tous les films de Pelechian : cette ouvre,
qui se construit film après film, dans un souci,
manifesté par ailleurs, de recherche et d'expérimentation,
suppose qu'on la découvre, paliers par paliers,
dans le mouvement de son évolution. Pelechian
tourne peu et court. La densité de tout nouvel
opus en fait à chaque fois une ouvre rare.
Il nous a paru nécessaire de proposer aujourd'hui
un bilan, ouvert et en devenir, sur ce cinéaste
de la marge.
" [Dans mes films],
il n'y a pas de travail d'acteur, et [ils]
ne présentent pas de destins individuels. C'est
là le résultat d'une option dramaturgique
et de mise en scène consciente. Le film repose
pour sa structure compositionnelle sur un principe
précis, sur le montage audiovisuel sans aucun
commentaire verbal.
[.] L'une
des principales difficultés de mon travail
fut le montage de l'image et du son. Je me suis efforcé
de trouver un équilibre organique permettant
l'expression unifiée simultanément de
la forme, de l'idée, et de la charge émotionnelle
par le son et par l'image. Il fallait que le son soit
indissociable de l'image, et l'image indissociable
du son. Je me fondais, et me fonde encore sur le fait
que, dans mes films, le son se justifie uniquement
par son rôle au niveau de l'idée et de
l'image. Même les bruits les plus élémentaires
doivent être porteurs d'une expressivité
maximale et, dans ce but, il est nécessaire
de transformer leur registre. C'est pour cette raison
que, pour l'instant, il n'y a pas de son synchrone
ni de commentaire dans mes films. [.]
L'une des affirmations de base
d'Eisenstein nous est connue depuis longtemps : un
plan, confronté au cours du montage aux autres
plans, est générateur de sens, d'appréciation,
de conclusion. Les théories du montage des
années 20 portent toute leur attention sur
la relation réciproque des scènes juxtaposées,
qu'Eisenstein appelait le " point de jonction
du montage " (montznj styk) et Vertov un
" intervalle ".
C'est lors de mon travail sur
le film Nous que j'ai acquis la certitude que mon
intérêt était attiré ailleurs,
que l'essence
même et l'accent principal
du montage résidait pour moi moins dans l'assemblage
des scènes que dans la possibilité de
les disjoindre, non dans leur juxtaposition mais dans
leur séparation. Il m'apparut clairement que
ce qui m'intéressait avant tout ce n'était
pas de réunir deux éléments de
montage, mais bien plutôt de les séparer
en insérant entre eux un troisième,
cinquième, voire dixième élément.
En présence de deux plans
importants, porteurs de sens, je m'efforce, non pas
de les rapprocher, ni de les confronter, mais plutôt
de créer une distance entre eux. Ce n'est pas
par la juxtaposition de deux plans mais bien par leur
intéraction par l'intermédiaire de nombreux
maillons que je parviens à exprimer l'idée
de façon optimale. L'expression du sens acquiert
alors une portée bien plus forte et plus profonde
que par collage direct. L'expressivité devient
alors plus intense et la capacité informative
du film prend des proportions colossales.
C'est ce type de montage que je nomme montage
à contrepoint. ".
[Artavazd Pelechian, extraits de
Mon Cinéma, traduction Barbar Balmer-Stutz).
Une histoire du génocide arménien. Les Arméniens sont présents dès le 7ème siècle avant J.C. sur un territoire situé au sud du Caucase et de la Mer Noire, et à l'Est du plateau anatolien. L'Arménie, tantôt vassale, tantôt indépendante, occupe des terres fertiles qui ont suscité au cours des siècles la convoitise des empires perses, grec, romain et arabe. Au 19ème siècle, tandis que l'Arménie est occupée en partie par l'Empire Ottoman, se développe le nationalisme arménien. Les Arméniens demandent des réformes dans l'Empire et appellent les Européens à soutenir leur cause. En 1895 et 1896, le sultan Abdul Hamid bloque la rébéllion en organisant le massacre de plus de 100 000 Arméniens. C'est en 1914, après l'échec des négociations avec les Russes, que la Turquie se range dans le camp de la Triplice (alliance réunissant l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie). Le djihad est proclamé par le sultan, et les Arméniens désignés comme des espions et des traitres. Encouragés par les Russes, alors en guerre contre les Turc à la frontière du Caucase, à combattre à leur côtés, les Arméniens constituèrent des légions, et furent victime, dans la foulée, d'une propagande anti-arménienne qui débouche, en avril 1915 sur les premières déportations. C'est le samedi 24 avril 1915 à Constantinople que le génocide commence véritablement, avec une rafle de 2345 Arméniens appartenant à l'élite intellectuelle, dont certains avaient aidé les Jeunes Turcs, à accéder au pouvoir. Talaat Pacha, alors ministre de l'intérieur du gouvernement Turc, envoie un télégramme codé aux cellules du parti des Jeunes Turcs : " Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici. "
Entre 1915 et 1916, près de 1 500 000
personnes ont péri. Le gouvernement Turc conteste
toujours la préméditation du crime,
comme l'ampleur des massacres. Les Nations Unies l'ont
reconnu officiellement en 1985 et le Parlement européen
en 1987. Et il a fallu attendre le 30 janvier 2001
pour que la France reconnaisse à son tour officiellement
par un texte de loi le génocide Arménien
(http://www.assemblee-nat.fr/dossiers/genocide.asp)
L'Arménie, devenue République Soviétique
en 1920, a depuis connu une constante répression
contre le nationalisme, encourageant la voie de la
diaspora. Après la chûte du mur de Berlin,
et le règlement douloureux d'un certain nombre
de conflits nationalistes, l'Arménie devient
indépendante en 1991, et élit son premier
président au suffrage universel le 16 octobre
1991.
Pierre Arbus
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