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Le cinéma
d’Artavazd Pelechian, ou la Geste des fugues immémoriales Conclusion Pelechian, c'est un cinéma rare qui n'a pas besoin de la durée. En quelques œuvres de formats courts ou moyens, c'est un parti pris déterminant qui s'affirme. La cassure ou le chaos dessinent l'impulsion des recommencements et du progrès. Il ne s'agit ni de cynisme, ni de mépris ou de condescendance d'intellectuel, mais d'un orgueil pudique qui, de l'épreuve, a su fonder une œuvre. S'il faut donner l'image des plaies ouvertes de l'Histoire, que cette image ne soit pas celle de la béance sur un néant, mais plutôt celle d'une complexité organique, astreint à la refermer. La cicatrisation est un acte héroïque, les corps malades, vieux, ou abîmés ne cicatrisent plus. Et dans la grande fébrilité qui l'accompagne, le corps contrarie toutes les formes de corruption, de tragique, ou de désespoir. C'est un peu la teneur de cette œuvre qui dépasse les catégories génériques où l'on voudrait l'enfermer, qui transcende même ses propres règles, ses propres carcans théoriques. Pelechian fait œuvre de poète ; mais la formule manque de précision. Il faudrait dire, et c'est un peu ce que l'on a tenté de faire, à quel point tout est ici affaire de lien. A quel point cette œuvre se trame, à proprement parler, et bâtit des réseaux d'expériences qui font accéder à des connaissances que l'Histoire ne saurait dire. C'est une œuvre d'affinité, de partage, d'union, hors du sens, hors du message, hors du discours. Il n'est pas si courant que le spectateur puisse ainsi, sans arrière pensée ni contrepartie, partager l'enthousiasme d'un tel flux créateur. Pierre Arbus
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