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Le
cinéma d'Artavazd Pelechian,
ou la Geste des fugues immémoriales
Par Pierre Arbus, Professeur agrégé
ESAV, UTM France

Conclusion
Pelechian, c'est un cinéma
rare qui n'a pas besoin de la durée. En quelques
oeuvres de formats courts ou moyens, c'est un parti
pris déterminant qui s'affirme. La cassure
ou le chaos dessinent l'impulsion des recommencements
et du progrès. Il ne s'agit ni de cynisme,
ni de mépris ou de condescendance d'intellectuel,
mais d'un orgueil pudique qui, de l'épreuve,
a su fonder une oeuvre. S'il faut donner l'image des
plaies ouvertes de l'Histoire, que cette image ne
soit pas celle de la béance sur un néant,
mais plutôt celle d'une complexité organique,
astreint à la refermer. La cicatrisation est
un acte héroïque, les corps malades, vieux,
ou abîmés ne cicatrisent plus. Et dans
la grande fébrilité qui l'accompagne,
le corps contrarie toutes les formes de corruption,
de tragique, ou de désespoir.
C'est un peu la teneur de cette oeuvre
qui dépasse les catégories génériques
où l'on voudrait l'enfermer, qui transcende
même ses propres règles, ses propres
carcans théoriques. Pelechian fait ouvre de
poète ; mais la formule manque de précision.
Il faudrait dire, et c'est un peu ce que l'on a tenté
de faire, à quel point tout est ici affaire
de lien. A quel point cette oeuvre se trame, à
proprement parler, et bâtit des réseaux
d'expériences qui font accéder à
des connaissances que l'Histoire ne saurait dire.
C'est une ouvre d'affinité, de partage, d'union,
hors du sens, hors du message, hors du discours. Il
n'est pas si courant que le spectateur puisse ainsi,
sans arrière pensée ni contrepartie,
partager l'enthousiasme d'un tel flux créateur.
Pierre Arbus
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